Par Maychai Brown

Comment motiver les citoyens à exiger que les fabricants éliminent tout ingrédient non testé, suspect ou cancérigène des produits ménagers? Vu la hausse de l’incidence du cancer, cette question préoccupe ACSM depuis vingt ans. Se fondant sur les leçons du passé, la nouvelle initiative d’ACSM commence déjà à porter des fruits.

Grâce à la collaboration entre un bailleur de fonds visionnaire, une ONG bien en vue et une coordonnatrice de projets chevronnée, le projet « Passez à l’action contre les toxiques » (PACT) incite les consommateurs à faire entendre leur voix. (Le terme « toxique » désigne un poison anthropogène, c.-à-d. produit par l’homme, tandis que « toxine » s’applique aux poisons d’origine naturelle, tels que le venin de serpent.)

Sous la direction du groupe Environmental Defence (www.environmentaldefence.ca), organisme à but non lucratif basé à Toronto, ce projet d’une durée de plusieurs années veut amener les consommateurs à s’attaquer à cinq produits chimiques nuisibles présents dans les produits ménagers et les cosmétiques, à savoir les parabènes, les phtalates, les diphényléthers polybromés (PBDE), le triclosan et le formaldéhyde. Le rôle d’ACSM a consisté à concevoir un atelier éducatif et motivationnel.

Le projet est financé par la Catherine Donnelly Foundation, organisme caritatif de Toronto, dont la mission est notamment de promouvoir la dignité des personnes démunies et marginalisées, précisément les populations que le projet PACT veut rejoindre.

Selon Anaïs Lagacé, coordonnatrice du volet du projet PACT dont ACSM a la responsabilité, le terme marginalisé comprend les personnes vivant dans les quartiers défavorisés et les Néo-Canadiens, qui n’ont souvent pas accès à Internet chez eux. Elle n’a pas eu à chercher loin pour trouver un point de contact avec ces groupes. En effet, elle a communiqué avec 54 centres communautaires dans la région du grand Montréal, dont la plupart ont accepté avec enthousiasme d’informer leurs membres de ce projet.

Son expérience en matièred’éducation populairepermet à Anaïs de réaliser les objectifs du projetPACT : faire connaître aux consommateurs les cinq ingrédients nocifs présents dans les produits ménagers et les cosmétiques, et les amener à trouver des façons de travailler ensemble afin de réclamer des produits plus sécuritaires.

Dans le cadre du projet pilote, Anaïs a dû d’abord concevoir un plan réalisable pour l’atelier introductif de deux heures. Il lui fallait trouver une façon d’aborder un sujet complexe – les produits chimiques, les fabricants et la santé – qui soit accessible, intéressante et mobilisatrice.

Profitant de l’expérience d’ACSM en matière de sensibilisation à la sécurité des produits, Anaïs s’est inspirée de l’atelier « Débusquer les produits chimiques suspects », qu’elle a adapté pour le rendre plus accessible au public qu’elle visait. Elle a notamment prévu davantage de temps pour permettre aux participants de parler de leur propre expérience et d’échanger des conseils sur la façon de trouver des produits plus sécuritaires. Autant que possible, elle a présenté l’information à l’aide d’images. Des employés d’Environmental Defence lui ont donné un coup de main pour adapter les illustrations.

Anaïs trouvait important de remettre aux participants quelque chose de tangible à la fin de l’atelier. Elle s’est servie de la Liste des 20 agents chimiques à éviter dans les cosmétiques, un outil éducatif sur Internet créé par ACSM, dont le langage clair convenait parfaitement au guide de poche qu’elle voulait produire.

Le deuxième atelier, « Passer à l’acte », présentait plus de défis. Anaïs se demandait si les participants viendraient à l’atelier de suivi, ou si la masse d’information décourageante présentée lors du premier atelier les aurait démoralisés au point de les rendre apathiques. Ce phénomène avait été observé par les bénévoles d’ACSM à l’occasion d’autres initiatives de sensibilisation. Anaïs voulait donc laisser aux participants le soin de choisir parmi trois pistes d’intervention possibles a) informer la population des dangers; b) inciter les fabricants à changer leurs pratiques; ou c) faire pression sur le gouvernement pour qu’il réglemente plus sévèrement les produits toxiques.

À l’automne 2013, les ateliers étaient prêts. Deux organismes communautaires – Halte-Femmes Montréal-Nord et l’Association des familles du Centre-Sud – avaient convenu de les tester. Les responsables étaient enthousiastes, mais doutaient que les participants assistent à la séance de suivi.

Les participants aux premiers ateliers ont manifesté un vif intérêt pour le sujet. Les deux heures ont filé à vive allure et la discussion s’est poursuivie une demi-heure de plus. À la fin, beaucoup sont partis avec un exemplaire du guide Les tops 20 toxiques.

Pour le plus grand bonheur d’Anaïs et des coordonnatrices des deux centres, non seulement tous les participants sont venus à la session de suivi quelques semaines plus tard, mais encore ils ont amené des amis. Certains ont même mentionné avoir déjà pris des mesures. Un participant avait parlé à son député fédéral au sujet du dossier, et avait communiqué avec des garderies de son quartier pour les avertir de la présence de substances toxiques dans les produits de consommation courante. Une participante avait distribué le dépliant sur Les tops 20 toxiques à ses amies. Le groupe avait acquis une cohésion, et l’enthousiasme pour la tâche à accomplir était palpable!

Après discussion, chaque groupe a décidé de la piste à suivre. Halte-Femme Montréal-Nord a choisi de faire passer le message dans la communauté, et l’Association des familles du Centre-Sud a décidé d’influencer les fabricants.

Fait intéressant, à l’ère de l’électronique, le groupe d’Halte-Femme a privilégié les médias sociaux comme moyen de communication. Même ceux qui n’avaient pas Internet chez eux pouvaient accéder à leurs comptes Facebook dans les cafés Internet ou ailleurs. Le groupe a choisi d’afficher une version abrégée de « Débusquer les produits chimiques suspects » sur le site d’ACSM, en y incluant des conseils sur l’utilisation de produits plus sécuritaires et des réflexions personnelles sur les produits toxiques présents dans l’environnement (voir http://www.acsqc.ca/fr/content/pact). Les participants prévoyaient promouvoir le site Internet sur les médias sociaux.

Pour sa part, le groupe de l’Association des familles du Centre-Sud a choisi d’envoyer des cartes au fabricant de cosmétiques L’Oréal, lui demandant de retirer les produits toxiques de ses cosmétiques et produits de soins personnels. Chaque famille allait concevoir sa propre carte et y inscrire les demandes et les commentaires de chacun de ses membres.

Au moment de la rédaction du présent article, ces projets sont en cours de réalisation. Anaïs prévoit tenir une troisième et peut-être une quatrième session avec chacun des groupes pour mettre la dernière touche à leurs plans d’action.

La participation d’ACSM au lancement du projet pilote se termine officiellement le 15 août 2014. Le flambeau passera alors à Environmental Defence, qui offrira les ateliers dans d’autres villes du Canada. Il y aura cependant encore beaucoup de travail à faire à Montréal et encore bien des organismes communautaires à pressentir. Vu l’enthousiasme manifesté par les participants au projet pilote, Anaïs rêve de leur proposer une phase 2, qui les mobilisera autour d’une action publique de plus grande envergure. Reste à voir si ACSM trouvera les fonds nécessaires pour poursuivre ce travail à Montréal.

Forts de l’expérience acquise au fil des années, les organismes ACSM et Environmental Defence continueront de militer pour qu’un jour les fabricants et les gouvernements assurent la sécurité de tous les produits sur nos étalages. Alors, les citoyens ordinaires ne seront plus obligés de scruter les étiquettes et d’évaluer les produits afin de se protéger contre les produits toxiques.