Par Jennifer Beeman

Voici le plus récent numéro du merveilleux bulletin d’Action cancer du sein du Québec. Ce bulletin, unique en son genre, est produit par une équipe de professionnelles dévouées. Notre publication semestrielle en ligne contient, outre des articles originaux, des reproductions et des traductions d’importants écrits publiés ailleurs et une rubrique consacrée aux articles à ne pas manquer : des liens vers un éventail de nouvelles dignes d’intérêt, y compris des articles scientifiques récents.

Or, dans notre ère marquée par le caractère éphémère des nouvelles diffusées principalement en ligne, on a tendance à lire en diagonale les articles qui correspondent à notre propre vision du monde. Parallèlement, les services de nouvelles sont de plus en plus la propriété d’une poignée d’entreprises, à l’instar de plusieurs organisations dans de nombreux domaines. Cet état de fait concourt à tenir à distance le débat véritable — c’est‑à‑dire l’échange de points de vue et la discussion autour des consensus scientifiques émergents —, et ce, malgré le fait que nous sommes inondés de nouvelles.

Pour contrer cette tendance, nous lançons une nouvelle rubrique intitulée « Débats ». Dans le domaine du cancer du sein, le besoin de débats, d’échanges et de discussions passionnés, où toute personne a voix au chapitre, se fait sentir de façon pressante. Certaines organisations tendent à dominer le discours pour conserver la mainmise sur des questions précises (la question complexe de la mammographie en est un exemple flagrant), passant sous silence d’autres questions (comme c’est le cas des causes environnementales du cancer du sein).

Notre premier sujet de débat porte sur le phénomène des séances photo poitrine nue, après un cancer du sein. Un sujet inattendu certes, mais à la fois fascinant dès l’instant où le regard se pose au‑delà des photos. Ce sujet a retenu notre attention après la lecture d’un texte écrit par une nouvelle membre d’Action cancer du sein du Québec, Julie Michaud — une jeune femme qui a subi une double mastectomie —, en réponse à une invitation à participer à une de ces séances. À l’instar de Julie, le texte est remarquable. Toutefois, je suis tout à fait en désaccord avec son propos. J’ai moi aussi observé avec intérêt ce phénomène où des femmes, après une mastectomie, dévoilent leur corps, sur Facebook, dans des livres, des expositions artistiques, des revues et sur divers sites Web, et je tente d’en découvrir la signification. Même si je partage en grande partie les idées exprimées par Julie, mon interprétation du phénomène diverge et j’en arrive à des conclusions différentes. Je suis plus âgée que Julie et je n’ai pas vécu l’expérience du cancer du sein. Je ne sais pas exactement comment, mais, assurément, cet état de fait modifie ma façon de voir les choses. Nous avons demandé à Julie si nous pouvions publier son article de pair avec mon texte pour susciter le débat, et elle a courageusement accepté.

Nous vous souhaitons donc une bonne lecture. Mais surtout, nous vous invitons à méditer sur ces textes, à les commenter et à nous faire part de vos histoires. Il faut que d’autres voix se joignent à ces conversations.